Lors de la séance de novembre,  le FN avait déposé une « niche » sur la résorption des déserts médicaux !

Jean michel Ruiz, conseillé régional front de gauche, est intervenu au nom du groupe pour, dans l’intervention générale, attaquer directement leur document et, lors de l’explication de vote, s’en prendre plus généralement à leur politique.

Ci dessous, retrouvez l'intervention de J.M. RUIZ :

"Cher(e)s collègues,

La niche que vous présentez aujourd’hui est un beau résumé de ce qu’est votre programme politique : un titre accrocheur, voire racoleur, et à l’intérieur une coquille vide. Je vais mettre en avant la pauvreté de vos propositions qui, à aucun moment, ne remettent en cause la logique libérale des politiques consolidées par la loi HPST (appelée communément loi Bachelot) ou par la loi de modernisation du système de santé de Madame Touraine, logiques libérales que vous soutenez en permanence.

Quand vos premières propositions visent à développer une application numérique pour mobile ou à soutenir la téléconsultation, nous voyons bien que vous souhaitez mettre en place des « régulateurs de pénurie » qui ne prennent pas en compte un des aspects essentiels de la désertification: l’engorgement des urgences. Celui-ci est dû en particulier aux dépassements d’honoraires dans certaines spécialités telles que la gynécologie ou l’ophtalmologie, points que vous n’abordez pas.

Durant tout votre exposé, vous limitez l’existence de déserts médicaux à l’absence de médecins généralistes alors que les fermetures de structures publiques (Hôpitaux ou EHPAD), l’impossibilité de trouver des médecins conventionnés secteur 1 concourent à la création de déserts médicaux. Vous ne répondez pas au problème de fond !

Les 22 000 suppressions d’emplois en cours dans l’hôpital public inscrits dans les 3.5 milliards de baisse programmée pour répondre au pacte de responsabilité, les fermetures d’hôpitaux publics dont je parlais, voilà la raison essentielle des déserts médicaux. Depuis plus d’un an je me bats, avec le personnel, des élus et des citoyens de l’Est du Val d’Oise, pour éviter les fermetures de l’hôpital de Villiers le bel ou le transfert de l’EHPAD de Marly la Ville au privé. Jamais un élu ou un responsable du FN n’est intervenu dans ce sens, votre combat est ailleurs mais pas dans le concret au contact du terrain. On ne vous voit pas plus dans les luttes contre la fermeture programmée des hôpitaux de Bichat-Beaujon ou ceux de Juvisy et Longjumeau.

Je continue à dérouler vos propositions. Vous proposez de créer des « bus santé », des « trains accès santé » et des permanences dans les gares. En fait vous collez à l’offre existante en étalant la pénurie. C’est un plan de santé qu’il faut définir, et cela revient à l’ARS en lien avec les collectivités et les différents acteurs de la santé dans une véritable démocratie en santé, aujourd’hui absente. Vos mesures sont bien en dessous des besoins réels. Ce qu’il faudrait comme nous le proposons c’est un véritable plan de mise en place d’un maillage territorial en centres de santé publics, par bassins de vie, en lien avec la Mutualité, les collectivités territoriales, la CNAMTS (Caisse nationale de l'assurance maladie des travailleurs salariés)…

Votre point 6 suggère de créer des postes salariés temporaires dans les maisons ou pôles de santé. Les Pôles et maisons de santé sont des structures libérales, où le salariat n’est possible que si ces salariés deviennent des salariés de leurs collègues libéraux. Il n’y a pas de 1/3 payant obligatoire dans ces structures qui n’ont aucunement obligation de respecter le secteur 1, pour ne prendre que ces seuls exemples. L’aide publique aux emplois salariés doit aller aux centres de santé existant ou à créer. C’est le vrai moyen de lutter contre les inégalités sociales de santé. De plus, vous parlez de postes temporaires, quand on sait que cette situation va s’accentuer dans les années à venir. Ce sont de véritables CDI qu’il faut pour lesquels nous devons exiger un statut à part entière.

Au point 7, vous développez l’idée « d’indemnités forfaitaire de transports ». Ce ne sont pas des indemnités de transport qu’il faut créer mais de véritables rémunérations forfaitaires pour relativiser une rémunération à l’acte qui n’est plus adaptée à la situation.

En vérité, d’une manière générale par vos propositions, vous visez à faire porter à la Région des responsabilités qui ne sont pas les siennes. Preuve en est avec vos propositions 8 et 9 qui pousseraient la Région à se dispenser de recettes pour des dépenses qui ne sont pas de son ressort alors que nous devrions exiger de la CNAMTS et de l’Etat qu’ils prennent leur responsabilité, surtout après le passage à 25€ de la consultation.

Voilà quelques remarques sur ce document qui, comme il ne veut pas rompre avec une logique libérale, se heurte rapidement à la réalité et met en avant des mesures soit très faibles soit irréalistes."

Et l'explication de vote :

"Cher(e)s collègues,

Vous l’aurez compris lors de mon intervention générale, nous ne voterons pas cette niche pour plusieurs raisons :

Comme vous êtes un parti très centralisé où un chef guide vos pas, j’ai regardé votre programme national pour mieux connaitre votre état d’esprit dans ce domaine. Dans votre discours concernant le social et la santé vous ne remettez en aucun cas en cause l’ordre capitaliste et inégalitaire. A l’inverse votre rhétorique se nourrit d’un discours identitaire, la priorité nationale, qui divise le peuple en excluant une partie de ses membres, accusée à la place du capital, d’être responsable de la crise économique et sociale et des fractures qu’elle provoque. A cela s’ajoute une haine des pauvres et des assistés qui s’exprime chaque jour dans les villes que vous dirigez où l’on n’hésite pas à s’en prendre par exemple au Secours Populaire et à refuser la gratuité de cantine aux familles très pauvres. Dans l’exposé que vous nous avez fait, je l’ai dit tout à l’heure, vous exonérez l’état de ses responsabilités et certaines de vos propositions soulèvent même des inquiétudes sur votre vision de la Sécurité sociale.

Pour notre part, nous militons pour une autre Sécu, une Sécu du 21ème siècle, avec une exigence d’aller vers le 100% de remboursements, en commençant immédiatement par les jeunes de moins de 25 ans et les Etudiants.

Il faut pour cela avoir la volonté politique d’un financement qui exige la fin des fraudes à la Sécu par les patrons voyous, la fin des cadeaux aux cotisations sociales, de faire cotiser les revenus financiers au même taux que les salaires, pour ne prendre que ces quelques exemples de financement qui rapporteraient à eux seuls prés de 150 milliards supplémentaires, très loin du supposé trou de la Sécu.

De plus, ce que disent de nombreux médecins c’est qu’ils veulent pouvoir travailler en groupe, prés d’un hôpital de proximité avec des moyens, des services d’urgence et des maternités de proximité, alors que se multiplient les fermetures et que s’accélèrent avec les Groupements Hospitaliers de Territoires (GHT) les restructurations hospitalières. Le 8 novembre, les personnels de l’AP-HP comme les infirmier-e- s étaient dans la rue contre un système de santé et une organisation du temps de travail qui crée une véritable souffrance des personnels de santé hospitaliers comme ambulatoire, allant du burn-out aux suicides, et cela vous n’en parlez pas, pas plus que vous n’êtes aux côtés des personnels en luttes et de leurs syndicats.

Le grand oublié de votre discours est le secteur public qui, au travers des hôpitaux publics, des EHPAD, des centres de santé, est le seul à même de combattre durablement les déserts médicaux. Par idéologie vous privilégiez le secteur privé, le libéralisme, car pour vous la santé est une marchandise comme les autres et l’hôpital une entreprise.
Pour ces diverses raisons, nous voterons contre cette niche."


hostondangeer