Jean-Michel RUIZ est intervenu lors de cette séance sur la question du décochage scolaire. Il a aussi défendu 4 amendements, tous rejetés.

"DÉCROCHAGE SCOLAIRE : NOUS AVONS UNE DETTE ÉDUCATIVE À L'ÉGARD DES JEUNES EN SITUATION DE DÉCROCHAGE.
NOUS DEVONS L'HONORER"

Madame la Présidente, Madame la vice-présidente,

Le rapport que vous nous présentez aujourd’hui entend revenir sur le décrochage scolaire sans pour autant essayer d’analyser les causes qui sont à l’origine de ce phénomène. Ainsi, les questions sociales, sociologiques ou économiques ne sont pas abordées, alors qu’il est demandé tout au long du même rapport que rigueur et efficacité soient à l’œuvre dans les actions mises en place. Pourtant nous savons tous que dans ce domaine il y a une terrible injustice, puisque si le décrochage peut toucher toute sorte de jeunes, ceux qui, au final, quittent leur formation sans diplôme sont dans leur très grande majorité des jeunes issus des milieux populaires. Une étude récente montre que parmi les élèves qui sortent du système sans qualification, 48 % ont un père ouvrier alors que 5 % d’entre eux ont un père cadre. Ce qui crée la spécificité de la crise de l’école actuelle, c’est le maintien et le renforcement de ces logiques de reproduction sociales par l’école et la force des inégalités récurrentes.

Le poids de ces inégalités est de plus en plus palpable dans le quotidien de l’école dans ce qui apparaît comme une dégradation des conditions de scolarisation, d’accueil des élèves, de relations avec les familles, de conditions de travail des professionnels.
Vous remettez en cause, avec ce rapport, les grands principes qui avaient été établis précédemment lors de l’élaboration du plan régional d’action contre le décrochage scolaire voté en 2013 : il s’agissait d’un travail visant à fédérer l’ensemble des acteurs de la lutte contre le décrochage et de la prévention du décrochage qui avaient choisi de valoriser une approche moins classique de l’accès aux savoirs afin de faire revenir les élèves dans le giron scolaire.

Pendant près de 18 mois, sous la houlette de la Vice-présidente Henriette Zoughebi, des assises régionales, des rencontres multiples avec l’ensemble des acteurs de monde de l’éducation de la formation, des études sur la réalité du décrochage en Ile de France avaient contribué à façonner une politique régionale sur la question spécifique du décrochage scolaire au plus près des besoins en s’équipant d’outils et de perspectives de qualité.

Nous considérons qu’il est indispensable de s’appuyer sur le remarquable travail fait auparavant qui avait su prendre en compte les analyses partagées de la réalité des besoins.

En effet, avant de supprimer les fondements de ce qui déterminait la politique régionale en matière de décrochage, il est nécessaire de s’appuyer sur les compétences de chacun. Car, nous devons tous en avoir conscience, derrière les chiffres préoccupants et qui ne diminuent pas dans le temps il y a une réalité humaine : des jeunes en souffrance, qui ne peuvent se projeter dans l’avenir et s’insérer durablement dans la société. Nous avons, comme le disait Henriette Zoughebi en présentant ce rapport : « une dette éducative à leur égard que la société doit aujourd’hui honorer »

De plus, cette situation créé un véritable gâchis parce que des jeunes formés, qualifiés, c’est une richesse pour notre région, un atout et un levier formidable pour le développement économique.

Je souhaite faire apparaitre par 3 remarques que ce rapport n’est pas au niveau :

- D’abord, les budgets qui lui sont alloués connaissent une baisse drastique : celui de la réussite scolaire dans l’annexe Enseignement scolaire passe de 5.35 millions à 3.15 millions alors que le taux d’exécution était de 100% ; alors que celui intitulé « lutte contre le décrochage scolaire » dans l’annexe Fonds européen de 16.49 millions à 8.03 millions… le tout diminue donc drastiquement

- Ensuite, vous choisissez d’ouvrir les portes du service public au privé en recourant à une prestation de service pour le 1 er contact avec les jeunes en situation de décrochage.

- Enfin, notre groupe considère que pour être efficace une politique de lutte contre le décrochage doit travailler sur certains aspects qui sont ici complètement absents comme la question des jeunes mères (accompagnement des lycéennes pendant le congé maternité, scolarisation et accueil en crèche…).

Rien de tout cela dans votre rapport.

Un rapport sans innovation, délesté des bonnes initiatives de l’ancien, sans moyens financiers au niveau, mettant dans les mains du privé un secteur qui dépend totalement du public, autant de raisons qui nous feront voter contre.