Les Grecs ont opposé un NON retentissant à leurs usuriers, comme les y invitait Alexis Tsipras. « OXI ! » ont-ils dit à toute nouvelle cure d’austérité.

OXI ! Ce non-là est un non à la peur, c’est un cri retentissant qui a jailli des tréfonds d’un peuple grec épuisé par cinq années d’austérité à marche forcée. Hier soir, après la fermeture des bureaux, les premières projections du ministère de l’Intérieur donnaient au non une écrasante avance : 61 % sur les 27 % de bulletins déjà dépouillés. Une victoire éclatante du non se dessinait : Quelle claque !

Alors que les sondages annonçaient peu de temps auparavant un résultat très serré, alors que tous les médias néo-libéraux répandaient la peur, les Grecs ont choisi, sans crainte : "Oxi" ! Non ! Non au chantage de la peur. Non à l’humiliation. Non à l’absurdité. Non au diktat de la finance. Non a cette Europe que l'on nous impose.   

On leur promettait les dix plaies d’Égypte...  

La propagande du oui… Elle a atteint, dans cette courte campagne, des niveaux de mystification et de manipulation parfaitement indignes des principes démocratiques dont se réclame l’Union européenne.

D’abord, la stratégie de la panique avec, en première ligne, la Banque centrale européenne qui, menaçant de couper les vivres aux banques grecques, a contraint le gouvernement grec à instaurer un contrôle des capitaux et des restrictions bancaires propres à semer la peur chez les petits déposants. Fermez les banques, mettez en boîte des images de retraités en larmes dans les files d’attente et faites tourner en boucle. Mario Draghi, le président de la BCE, a offert au camp du oui une campagne taillée sur mesure. Procédé tellement violent que le ministre des Finances, Yanis Varoufakis, n’a pas hésité à fustiger le « terrorisme » financier des créanciers d’Athènes.

Il y a eu, ensuite, les rumeurs, innombrables, jusqu’à celle véhiculée, à la veille du scrutin, par la chaîne de télévision Mega, qui a mis en garde les Grecs contre un imminent « haircut » sur les dépôts bancaires excédant 8 000 euros… Avant de démentir, une fois le doute et la confusion bien installés.

Il y a eu l’intimidation, encore, avec ces patrons menaçant leurs salariés de les priver de paie, lundi, en cas de victoire du non. Tout a été fait, jusqu’à la dernière minute, pour tenter d’entraver la libre expression démocratique du peuple grec, sommé de se prononcer sur son appartenance à la zone euro et même à l’Europe, alors que la question du référendum portait sur le nouveau mémorandum d’austérité faisant l’objet d’un ultimatum des créanciers et des autres gouvernements de l’UE, Allemagne en tête. Comme au mois de janvier dernier, lorsque la victoire annoncée de Syriza était présentée comme une catastrophe, les commissaires européens se sont immiscés dans la campagne.

Porte-parole d’une Angela Merkel et d’un Wolfgang Schäuble intraitables, le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier promettait jusqu’à hier aux Grecs des conditions de négociation plus féroces, si c’est encore possible, en cas de victoire du non. Quant au président du Parlement européen, le social-démocrate allemand Martin Schulz, toujours prompt à disserter sur la démocratie et sur « l’Europe sociale », il a jeté un dernier pavé dans la mare à quelques heures de la fermeture des bureaux de vote en assurant que le pays devrait « changer de monnaie » après la victoire du non. La drachme, ultime argument politique des maîtres chanteurs européens.

... pourtant, les Grecs n’ont pas cédé.

Ils ont glissé dans les urnes toutes les souffrances sociales, toutes les humiliations endurées depuis cinq ans.  Que les créanciers se rassurent cependant, d'une certaine façon le peuple grec a quand même voté oui : Oui à une autre Europe. Oui à un autre avenir. Oui à l’honneur et la dignité!  

En dépit des menaces, du chantage, de l’étranglement financier orchestrés par les institutions européennes, les Grecs ont opposé le refus sans appel des urnes au nouveau mémorandum de misère et d’asphyxie des classes populaires que voulaient leur imposer la Commission européenne, le FMI et la Banque centrale européenne, gardiens ombrageux des privilèges d’élites grecques coalisées dans le camp du oui. Plus encore qu’un choix politique portant sur des orientations économiques, il y a dans ce verdict des urnes un souffle de liberté et de dignité qui force le respect, et que résume par ces mots la dramaturge Nina Rapi : « Non, parce que nous avons choisi, comme attitude, la résistance et l’autodétermination. Non, parce que je n’aime pas qu’on me dise quoi faire et comment, parce que je pense qu’il serait stupide de poursuivre des politiques qui, depuis cinq ans, ont échoué. Non, parce que l’éducation, la culture, la santé et même la survie de notre pays sont menacées par le oui. Parce que le mensonge, la distorsion et la propagande qui ont dominé cette campagne ont insulté mon intelligence. »

Aujourd’hui, nous sommes tous Grecs. Comme, en 2005, tous les Européens étaient français, néerlandais, irlandais, les trois peuples qui avaient rejeté le traité de constitution que les dirigeants néo-libéraux leur proposaient, et qu’ils leur ont finalement imposé, trahissant ce qui fait l’essentiel de l’honneur européen, la démocratie, l’idée qu’ensemble, les citoyens choisissent leur destin, et qu’aucun maître ne peut leur imposer.

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